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Friday, May 13, 2016

LES COURANTS POSTMODERNES

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INTRODUCTION


Après le mouvement moderne, depuis les dernières heures de ce mouvement, trois principaux courants sont apparus en architecture, il s’agit :
  •  du postmodernisme,
  •  du high-tech,
  •  du mouvement déconstructiviste.

Leur évocation est d’autant plus nécessaire que c’est dans la disparition de ces courants, à travers un processus d’innovation qu’on retrouvera les prémices d’un renouveau post-urbanisme ou celui d’un nouvel Architecture.

En attendant, l'architecture postmoderne est devenue un style architectural à portée internationale. De même que les architectes modernes s'inspirèrent de l'architecture, sans architecte, des ingénieurs (usines, silos à grain, paquebots), les architectes postmodernes s'inspirent de l'« architecture sans architectes » des villas hollywoodiennes ou populaires, des centres commerciaux et des villes de loisirs de l'après guerre.
L'absorption du postmodernisme, considéré comme un simple style par l'architecture moderne internationale, peut être illustrée par les Portland Building à Portland dans l’Oregon et surtout l'AT&T Building de Philip Johnson à New York (actuellement Sony Building), qui empruntent des éléments et les références venant du passé et réintroduisent la couleur ou le symbolisme en architecture.

I. LE POSTMODERNISME
Le terme postmodernisme, utilisé surtout d’un point de vue stylistique, pourrait évoquer ce qui vient après les idéologies du modernisme. En général, le style postmoderne s’est réalisé à travers une réinterprétation des symboles et des motifs ornementaux traditionnels.
De fait, les architectes Modernes considérèrent les bâtiments postmodernes comme vulgaires et surchargés. Les architectes postmodernes considèrent souvent les espaces modernes comme fades et sans âme. Ces opinions divergentes trahissent en fait des finalités différentes : le Modernisme cherche une vérité dans l'utilité stricte et une intégrité constructive des matériaux, bannissant selon sa logique l’ornementation comme scorie du passé, passéiste donc inutile, aboutissant à un minimalisme ressenti comme harmonieux.
Le postmodernisme rejette les lois strictes édictées par les premiers Papes modernes et recherchent la joie de l’exubérance dans les techniques constructives juxtaposées en éclectisme, les angles moins convenus, les références stylistiques en clin d'œil, la profusion constituant la surprise, soit une certaine façon de rhétorique visuelle. Il emploie cette décoration dans une logique du collage: alors que la décoration au XIXe siècle résultait encore de la logique constructive et d'un travail, notamment de sculpture, sur les matériaux, elle est appliqué ici comme un signe surajouté[1].
L’intérêt postmoderniste pour la diversité et pour l’histoire s’accompagne d’une préoccupation nouvelle pour la conservation et la réutilisation à d’autres usages d’immeubles anciens[2].
Avec l’abandon des espoirs utopiques suscités par le modernisme, la confrontation à l’héritage architectural a fait place à un nouveau sens du respect envers le Patrimoine architectural et urbain.

1. Origine du courant postmoderne
Le Postmodernisme en architecture est généralement caractérisé par le retour l’ornement et de la référence architecturale, en réponse au formalisme du Style international Moderniste. À partir des années 50, les formes et les espaces fonctionnalistes et formalistes du Mouvement moderne vont progressivement se diversifier et donner naissance à des tendances des esthétiques diverses: lebrutalisme, l'architecture organique, le high-tech, et ceci de façon décomplexée : les styles s’entrechoquent, on adopte certaines formes pour elles-mêmes, des approches nouvelles quant à la façon de voir des styles ou les espaces familiers se multiplient. Mais le postmodernisme introduit une rupture radicale par rapport à ces évolutions du Style international, dans la mesure où il s'oppose aux dogmes du mouvement moderne, à savoir le fonctionnalisme et le refus de l'ornementation.
On a aussi décrit l’architecture Postmoderne comme « néo-éclectique », avec des références et des ornementations ayant réinvesti la façade, remplaçant en cela l’agressive nudité Moderne. Cet éclectisme est souvent combiné avec l’emploi d’angles non orthogonaux, de surfaces gauches[3].
Les premiers éléments paradigmatiques furent donnés à la fin des années 60[4] et l'influence de ce courant de pensée se poursuit encore maintenant dans l’architecture contemporaine.

2. Le postmodernisme aux USA
Dans les années 1980, le postmodernisme était devenu le style architectural prédominant, notamment aux États-Unis. Continuant à privilégier l’individualité, ses représentants ont travaillé dans des styles extrêmement diversifiés, allant de la complexité austère de Richard Meier aux couleurs contrastées et aux allusions historiques de Michael Graves ou à l’élégance flamboyante d’Helmut Jahn. Parmi les principaux architectes postmodernes figurent également Robert Venturi, Charles Gwathmey, etc.

3. Le postmodernisme au Japon
À cet égard, le Japon a développé à partir des années 1950 une architecture spécifique dans les réflexions purement architectoniques et urbaines, dans les recherches plastiques et formelles et dans la quête d’une vision du monde marquée par l’éclectisme et la méditation orientale. Parmi les architectes les plus importants figurent Isozaki Arata, dont les bâtiments sont souvent associés au postmodernisme et Fumihiko Maki, qui a construit des immeubles jouant sur les effets de transparence et de fluidité et aussi sur des formes plus agressives

4. Le postmodernisme en France
En France, les architectes ont également apporté des solutions originales quant aux interactions entre les formes et leurs fonctions, entre l’espace urbain et la qualité esthétique des constructions.
On peut citer les Folies (1982-1990) de Bernard Tschumi, réalisées dans le parc de la Villette en vue d’activités culturelles. On évoquera encore l’Institut du monde arabe (1981-1987) de Jean Nouvel, situé sur les bords de Seine, avec ses structures en verre et en métal à la fois courbes et droites, lisses et anguleuses, et ses fameuses fenêtres moucharabiehs électroniques ?
Rappelant les dessins géométriques des carreaux de faïence des mosquées, lesquelles se ferment ou s’ouvrent automatiquement selon l’intensité de la lumière extérieure.
On citera enfin la Cité de la musique (1985-1995) de Christian de Portzamparc — premier Français à remporter en 1994 le Pritzker Architecture Prize.


II. LE MOUVEMENT HIGH-TECH
L'architecture high-tech, ou le modernisme tardif, est un style architectural qui a émergé dans les années 1970, en incorporant des éléments de haute technologie, l'industrie et la technologie dans la conception des bâtiments. Ce mouvement est apparue comme une refonte du modernisme, une prolongation de ces anciennes idées encore plus facilitée par les progrès des réalisations technologiques. Dans les années 1980, l'architecture de haute technologie est devenue plus difficile à distinguer de l'architecture post-moderne. Plusieurs de ses thèmes et idées ont été absorbées dans le discours des écoles de l'architecture post-moderne.
1. Origine du mouvement
Souvent appelé High-tech (de high technology), un courant très particulier de l'architecture contemporaine s'est développé, principalement en Grande-Bretagne, dans les années 1970. Il se distingue par la légèreté inaccoutumée de ses structures, l'élégance, le raffinement parfois un peu affecté de ses procédés constructifs, l'emploi renouvelé du fer, du verre, des réseaux de câbles tendus et par l'utilisation des matériaux les plus nouveaux. Perçu comme un regain d'optimisme et de confiance en la modernité, ce courant tend vers un dépassement de l'architecture moderne internationale, que certains esprits déclaraient exténuée et qui a eu à subir les assauts négateurs du post-modernisme et des tendances historicistes.
Le high-tech trouve ses racines dans les constructions industrielles du XIXe siècle, comme l’immense serre du Crystal Palace de Joseph Paxton édifié à Londres pour l’Exposition universelle de 1851, puis dans les réalisations rationnelles et d’une technologie innovante des architectes Mies van der Rohe et Jean Prouvé. Il puise également son inspiration dans les utopies techniques du groupe Archigram ou de l’architecte américain Buckminster Fuller. Les constructions high-tech reposent sur une mise en valeur des structures porteuses parfois sophistiquées (utilisation par exemple du haubanage) et des systèmes de distribution (ascenseurs, escaliers mécaniques, etc.) souvent intégrés en façade.
À la différence de l’architecture fonctionnaliste, la forme ne cherche pas à exprimer directement son contenu. Les architectes tentent plutôt de créer des espaces flexibles, dégagés de tous points porteurs intermédiaires, permettant une adaptation maximale du bâtiment à différents usages. L’utilisation de matériaux d’enveloppe tels que le métal et le verre traduit également leur volonté d’inscrire leurs constructions dans des modes de production industrielle, notamment par le biais de la préfabrication.
Mis à part le Génois Renzo Piano, ses chefs de file représentent une toute petite cohorte de professionnels anglo-saxons de la même génération. Formés ensemble, ils ont souvent travaillé ensemble : Michael Hopkins, Nicholas Grimshaw, Peter Rice, et surtout Richard Rogers (qui construisit à Paris avec Piano le Centre Pompidou, premier édifice high tech et longtemps le seul du genre) et son ancien associé Norman Foster. L'un et l'autre ont achevé en 1986 leur œuvre majeure : pour Rogers le nouveau siège des Lloyd's, au cœur de la City de Londres, pour Foster l'extraordinaire tour de la Hong Kong and Shanghai Bank à Hong Kong. L'un et l'autre eurent l'insigne honneur d'être exposés à la Royal Academy of Arts de Londres, en compagnie de leur aîné James Stirling.
2. Appellation du mouvement
Le style tient son nom de l'ouvrage High Tech: The Industrial Style and Source Book For The Home, écrit par les journalistes Joan Kron et Suzanne Slesin[5]. L'ouvrage, illustré de centaines de photos, montre comment les concepteurs, les architectes et les propriétaires de maison se sont appropriés des objets industriels classiques.
À la suite de la publicité et de la popularité de l'ouvrage, le style de la décoration est devenu connu sous le nom de "High-Tech", et a accéléré l'entrée du terme dans le langage courant. En 1979, le terme de haute technologie est apparue pour la première fois dans un magazine The New Yorker de dessin animé montrant une femme réprimandant son mari de ne pas être assez high-tech. Le livre a continué à être reproduits en Angleterre, la France et le Japon, comme l'original, chaque édition comprend un répertoire des sources locales pour les objets.

3. Caractéristiques

Les caractéristiques de l'architecture high-tech ont varié quelque peu avec des éléments techniques accentués. Il s'agissait notamment de la présentation de la technique du bâtiment, de composants fonctionnels et d'un classement méthodique de l'utilisation des éléments préfabriqués. Les murs de verre et d'acier font aussi partie de ses composantes.
Pour vanter les caractéristiques techniques de ce mouvement, elles ont souvent été exaltées avec l’importance des structures tel l’exemple du Centre Pompidou. Les conduites de ventilation sont toutes affichées en bonne place à l'extérieur. Cela a été un changement radical de conception, contrairement aux précédentes gaines de ventilation qui étaient un élément caché à l'intérieur du bâtiment. Les moyens d'accès à l'édifice sont également exposés à l'extérieur, avec le grand tube permettant aux visiteurs d'entrer dans le bâtiment. La logique des bâtiments de la high-tech style architectural est ordonnée dans le cadre de laquelle leur conception cherche à garder leur essence fonctionnelle comme cela apparaît dans Norman Foster 's Hong Kong et Shanghai Bank AC.
En plus du fait que la technologie est la caractéristique essentielle de l'édifice, son design est fonctionnellement très orienté. Le grand espace intérieur ouvert et l'accès facile à tous les étages prouvent la valorisation de la fonction d’une banque. Aussi, les éléments des bâtiments sont très soigneusement composés afin de s’insérer dans l'ordre logique et de résoudre le problème des besoins de la banque. On peut constater cela aux niveaux de la structure et des escaliers mécaniques.
Ce mouvement impose l’utilisation des murs rideaux en verre et en acier. Pour cela, il s’insère bien dans le mouvement moderne, influencé par la conception des bâtiments de Mies van der Rohe. La Sears Tower SOM avec ses murs de verre et sa structure en tube d'acier, en est un exemple. Beaucoup de bâtiments high-tech cherchent a être dynamiques, tel le Stade Olympique de Munich[6]. Cette structure du sport en plein air est destinée à être utilisée à des fins multiples dans un terrain d'aviation abandonné reconverti en un stade de sport utilisé pour différentes disciplines.

III. LE MOUVEMENT DECONSTRUCTIVISTE
Le déconstructivisme, aussi appelé déconstruction, est une école de pensée récente en architecturequi tire ses bases philosophiques du mouvement littéraire déconstruction dont Jacques Derrida fut la figure de proue. Son nom dérive aussi du constructivisme russe des années 1920 dont il prend certaines de ses inspirations formelles.
C'est un style contemporain qui s'oppose principalement à la rationalité ordonnée de l'architecture moderne. Les fondements de ce mouvement incluent des idées de fragmentation, des processus de design non linéaire, de la géométrie non-euclidienne, de polarités négatives comme une structure et une enveloppe, et ainsi de suite. Les apparences visuelles finales dans ce style sont caractérisées par une imprédictabilité stimulante et un chaos contrôlé. Cependant, les critiques de la déconstruction le voient comme un exercice purement formel avec peu de signification sociale. Quelques architectes connus qui pratiquent dans ce mode sont :
Il semble a priori absurde, voire contradictoire, de vouloir déconstruire ce qui appartient au domaine de la construction. Les bâtiments sont considérés comme l’accomplissement et l’aboutissement de toute une démarche de travail. Mais l’architecture déconstructiviste qui s’affirme dans les années 90 a de bonnes raisons d’être, en apparence, déraisonnable. Murs penchés, sols inclinés, poteaux de biais, fenêtres inclinées, ces édifices qui semblent avoir subi les secousses telluriques sont bien le résultat d’un travail pensé de la part des architectes.

1. Le constructivisme

Les opérations de distorsion, de dislocation ou d’interruption sur les structures et la géométrie appliquées par les déconstructivistes, sont en partie des transformations utilisées auparavant dans les arts visuels de l’avant-garde russe mais détournées de leur contexte d’origine. Avant la révolution de 1917 en Russie, les formes créées par les artistes constructivistes ne proviennent plus d’une composition classique ordonnée mais d’une géométrie instable et conflictuelle sans axe de hiérarchie.
Après cette date l’avant garde russe rejette les beaux arts traditionnels pour accueillir l’architecture en tant que médium directement plongé dans la réalité sociale. Celle ci peut en effet être utilisée pour soutenir des buts révolutionnaires car elle est en contact permanent avec la population. Le dynamisme inhérent aux études formelles est tourné en instabilité dans les structures de V. Tatlin (contre-reliefs, tour de la 3e Internationale, 1919), A. Rodchenko (dessin pour une station radio, 1920) ou I. Chernikhov(construction de formes architecturales et de machine, 1930). Mais ces structures ne furent pas réalisées et les formes en conflit ont glissé vers des assemblages mécaniques plus sûrs, similaires à ceux des machines. Les affiches d’El Lissitzky (Tribune de Lenine, 1920) et Altman posent les bases d’une nouvelle culture visuelle. Le vocabulaire abstrait des formes et leur mise en espace grâce au collage ou les plans découpés et réunis des sculptures de N. Gabo sont autant de tentatives pour lutter contre les volumes pleins statiques au profit de la profondeur et d’une dynamique au rythme cinétique.
Le mouvement et l’interaction entre les formes, la menace de l’instabilité, les volumes évidés de leur masse, ainsi que le montage permettant de révéler la complexité et la diversité que l’artiste peut reconstruire, sont des thèmes intrinsèques au constructivisme. Ils seront réutilisés comme des outils de travail conceptuels dans l’architecture déconstructiviste. Ils lui procurent la force et le plaisir de la déviance qui permettent à la créativité d’ouvrir un système clos et immuable.

2. La déconstruction en littérature

Le déconstructivisme est donc un qualificatif mis en place par les critiques d’art selon certains critères bien spécifiques. Mais avant cela il faut rappeler que la déconstruction est une méthode d’analyse des textes littéraires et philosophiques mis en place par le philosophe Jacques Derrida. L’architecture a souvent été une métaphore de la philosophie, mais la déconstruction ne serait pas une architecture ni même une métaphore architecturale. Elle ne se présente pas comme un système clos, mais plutôt comme un questionnement. Elle ne conclut pas mais ouvre des portes de réflexion. Elle ne parachève pas des notions mais elle les analyse. C’est un commentaire interminable sur les textes, les langues et les notions de philosophie. La déconstruction est un « texte suspendu ». Elle ne cherche pas les fondations des parties visibles de l’édifice. Elle s’attaque aux causes qui mènent de l’origine à la fin de façon linéaire, et ceci car elle considère que les deux cohabitent en permanence.
La déconstruction est une critique non pas négative mais productive. « la déconstruction est inventive ou elle n’est pas (…) sa démarche engage une affirmation. » . Elle veut inventer l’impossible, « réinventer l’invention même, une autre, inventer ce qui ne paraissait pas possible. (…) Donner lieu à l’autre, laisser venir l’autre. Je dis bien laisser venir car si l’autre c’est ce qui ne s’invente pas, l’initiative ou l’inventivité déconstructive ne peuvent que consister à ouvrir, décloturer, déstabiliser des structures de forclusion pour laisser le passage à l’autre ».
La déconstruction ne propose pas seulement une analyse littéraire, ce sont des textes à part entière. Il s’agit donc d’une technique qui vise à recomposer des œuvres littéraires mais délivrées de l’emprise de l’auteur, selon une autre règle du jeu que celle qui les a initialement produite.

3. La déconstruction en architecture

La déconstruction est donc à l’opposé des constructions qui supportent des systèmes philosophiques clos ou des ouvrages achevés. La déconstruction est un espace qui s’ouvre, un état de l’espace ouvert aux réflexions, aux transformations. C’est une opportunité de construire un espace « autre ».
Dans les années 90 le terme déconstructivisme appliqué à l’architecture ne représente pas un mouvement ou un style et n’est pas synonyme non plus de destruction ou de démolition. Par l’intermédiaire de procédés de décomposition les concepteurs expriment dans leurs bâtiments les contradictions, les dilemmes ou les conflits de la ville, reflets de la société et de la culture actuelles.
Ces situations complexes sont exposées à travers une recherche formelle expressive. Les formes sont pensées de façon à révéler et non dissimuler, elles ont la capacité de déranger la façon habituelle de percevoir les configurations spatiales.
De fait, la déconstruction architecturale naît de l’exposition « Deconstructivist Architecture »organisée sous l’impulsion de Philip Johnson et Peter Eisenmann au Musée d’art moderne (MoMA) de New York en 1988. Elle doit son nom aux références théoriques et formelles faites d’une part au constructivisme russe de l’entre-deux-guerres, dont certaines œuvres d’Aleksandr Rodtchenko et Vladimir Tatline sont citées pour leur caractère formel « instable », et d’autre part à la philosophie de la déconstruction ou déconstructionnisme, illustrée par les travaux de Jacques Derrida.
La cohérence de ce mouvement reste difficile à dégager quand on compare les travaux présentés dès 1988 par des architectes aussi dissemblables que Coop Himmelblau, Peter Eisenmann, Frank Gehry, Zaha Hadid, Rem Koolhaas ou encore Bernard Tschumi. Malgré un important effort de légitimation philosophique, la déconstruction perd vite de vue ses enjeux théoriques fondateurs pour ne devenir, au fil des nombreuses publications et expositions internationales qui l’accompagnent, qu’un style architectural influencé principalement par les travaux médiatisés de quelques architectes anglo-saxons. Au début des années quatre-vingt-dix, elle devient ainsi pour beaucoup une source d’inspiration tournée vers un maniérisme spatial tourmenté et un goût prononcé pour des performances constructives de type « post-high-tech ». Depuis la tendance première des architectes de l’exposition de 1988 qui souhaitaient un rapprochement entre pratique architecturale et théories esthétiques, la déconstruction s’est épuisée dans une production trop vite médiatisée et trop hétéroclite.
Cependant il est notable de remarquer que pour son adéquation à l’image de marque et de prestige, les tenants de l’architecture déconstructiviste sont les plus en vue ces dernières années. Cette architecture qui s’adapte aussi bien aux musées qu’aux grandes enceintes commerciales et aux sièges de grandes multinationales. Ainsi, l’architecture par excellence de la période numérique et es tenants ne se font pas prier pour remplir l’espace urbain de nos villes de ces bâtiments à l’allure tourmentée.
En effet, tandis que Zaha Hadid construit pratiquement dans le monde entier, Daniel Libeskind s’est imposé comme un expert en tours avec notamment son projet de Ground Zero pour la reconstruction du World Trade center. L’Américain Thom Mayne qui construira notamment la plus haute tour de France la Tête de la Défense et le Français Jan Nouvel pour son projet du Philharmonique de Paris prévu pour semblent eux aussi avoir rallié le mouvement Il est tout à fait clair que le lien le plus évident entre le modernisme et le futurisme en tant qu’architecture du rêve et de l’utopie passe grandement par l’analyse de l’architecture déconstructiviste de nos jours, la seule à afficher un air à priori utopiste.
Il est à noter que deux éléments ont contribué à l’éclosion de cette architecture qui serait restée théorique il y’a un demi siècle. Primo, le développement de l’informatique et l’apparition de nouveaux logiciels de modélisation très complexe comme Catia, Rhinoceros, 3ds studio max,... et secundo, le développement de l’ingénierie du bâtiment pour qui plus rien n’est impossible à bâtir. On trouve notamment aux avant postes de ces ingénieurs bâtisseurs le cabinet Londonien Ove Arup &Partners qui collabore avec la plupart des architectes déconstructivistes.
 

CONCLUSION
Le vide théorique et l’individualisation en architecture
Contrairement au mouvement moderne, tous les courants qui lui sont postérieurs ont de cela en commun qu’ils ne disposent à priori d’aucune base théorique. On est en effet loin des grands débats théoriques, encore plus loin de l’époque ou les mêmes valeurs théoriques réunissaient sous la bannière d’un même mouvement architectes, urbanistes, sociologues, peintres,...
Il ne serait de ce fait point exagéré de parler de vide théorique après le mouvement moderne. Les débats se sont un peu réunis dans des écoles autour de professeurs charismatiques comme Tschumi et Rem Koolhaas (Architectural Association School de Londres) qui ont formé des élèves de la même tendance Mais cela ne saurait s’identifier à de véritables courants définissables par des caractéristiques théoriques solides
Un autre paramètre qui met le plus en lumière cette absence de base théorique est la non fiabilité des architectes eux même En effet, nombre d’entre eux se sont laissés entraîner par les flashs de la presse et les exigences du capitalisme numériques, ils ne construisent plus que selon les besoins du client, des firmes. .Ainsi les œuvres de quelques architectes de renom n’auraient presque rien de commun , tantôt déconstructivistes tantôt modernes, tantôt high-tech....Toute chose qui ne saurait que nécessiter le retour d’un courant fort disposant à la fois de bases théoriques solides que de perspectives d’application bien définies.
Nous avions vu que les projets déconstructivistes en architecture peuvent être rapprochés du travail de la déconstruction en littérature mais dans un sens complémentaire plutôt que parallèle. Ils ont leurs méthodes propres mais tous deux explorent dans leur discipline respective des aspects oubliés ou volontairement tus. Les projets ne sont pas une application de la théorie de la déconstruction en littérature, ils expriment plutôt des qualités déconstructivistes dans un contexte émergeant de la tradition moderne. Les architectes abordent les questionnements des origines de l’architecture, la légitimité des formes, la reformulation des concepts. Par leur recherche ils ouvrent de nouveaux chemins à la création, ils libèrent les espaces de la suffisance stérile et de l’immobilisme stylistique.
Les projets déconstructivistes ne classent pas définitivement les architectes qui les ont conçus dans une catégorie stylistique. Ils marquent plutôt une époque pour rappeler que ces concepteurs ont participé à un travail commun sur l’architecture en gardant distinctement leur langage architectural.

Ces projets ont la capacité de déranger notre façon de penser les formes et leurs fonctions. Pour prendre un élément courant dans le vocabulaire architectural : le mur, sa disposition et ses différentes formes remettent en question la division des espaces intérieurs et extérieurs. La géométrie s’avère être plus complexe et la notion de protection ou de cloisonnement que procurent une pièce ou un ensemble bâti en est dérangée. La fermeture n’est pas simplement remplacée par l’ouverture du plan libre moderne, mais le mur est mis en tension, déchiré, plié. Il ne procure plus la sensation de sécurité en partageant le familier de l’étranger ou l’intérieur de l’extérieur mais toute la notion de clôture ou d’enceinte est décomposée. Ce processus de subversion, au-delà de toute idéologie ou folie de ses créateurs, démontre les multiples possibilités de combinaison du vocabulaire architectural trop souvent cristallisé dans l’architecture traditionnelle.

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