L’HABITAT TRADITIONNEL A OUED SOUF - MB ARKITEKT - Architecture en Algerie

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mercredi 28 décembre 2016

L’HABITAT TRADITIONNEL A OUED SOUF

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Le choix d’un tel sujet, répond à l’une des nombreuses préoccupations de notre domaine, celle de la compréhension du processus de production de « l’habitat », espace de vie bâti, consolidé ou transformé par un groupe d’individus porteurs des mêmes codes socioculturels et partageant la même aire géographique. Cependant, le sujet de cette communication ne prétend pas s’y attaquer mais contribuer en mettant à la disposition de cet axe de réflexion, à travers l’exemple de l’Habitat traditionnel de la région de Oued Souf un constat modeste mais concret d’un «mode de production de l’habitat » qui semble porter en lui les préceptes permettant la codification de son architecture afin de la relever au rang de traditionnelle.

Il y a lieu ainsi d’insister quelque peu sur cet aspect particulier de notre communication, à savoir qu’elle se base sur une étude plus importante, celle de « l’habitat traditionnel à Oued Souf, typologie et système constructif », mais qu’elle a pour objectif unique d’attirer l’attention seulement, sur les raisons qui permette à une « architecture révolue » de « résister ».

Il s’agit en clair, d’approcher l’habitat traditionnel à El Oued de plus près en s’intéressant à ses deux outils conceptuels les plus déterminants, quant à sa mise en place, à savoir la typologie et le système constructif. Cela nous permettra de repérer la nature des constantes qui permettent l’enracinement d’un mode architectural dans son territoire.

Présentation de la région de Oued Souf:

Il est très important de mentionner au préalable que la région de Oued Souf ne définie pas une « région naturelle » mais une « région humaine », une unité ethnique, dotée d’un système de fonctionnement assez autonome pour lui conférer un nom . Bien qu’il fasse géographiquement partie du Sahara algérien, le Souf désigne une unité qui l’oppose à ce dernier par ses modes de circulation, mais aussi par son mode d’exploitation du territoire. Le Sahara est le domaine des pasteurs et des caravaniers, tandis que le Souf est celui des cultivateurs de palmiers, avec une technique de plantation spéciale à la région. La particularité de cette technique de plantation réside dans le fait de creuser des cuvettes assez larges pour recevoir des palmeraies entières, à plusieurs mètres de profondeur, afin de planter le palmier au niveau de l’eau plutôt que de faire monter cette dernière pour une irrigation normale en surface. Chacune de ces cuvettes appelées en dialecte soufi « Ghout » : « jardin-creusé- en-cuvette-planté de palmier»¹ forme l’unité territoriale et socio économique de base dans la structure globale du territoire soufi puisque les Ghouts s’étalent sur toute la vallée du Souf en rassemblant autour de chaque entonnoir, un groupe d’individus qui travaillent et donc vivent eux ainsi que leurs familles de la plantation des palmiers dattiers. Aux abords de chaque Ghout, se greffent les maisons, où vivent pendant l’été, les familles, dont les hommes travaillent tous habituellement dans la palmeraie, en accomplissant toutes les taches, depuis la plantation jusqu’à l’écoulement de la production vers la vente, en passant pas le stockage dans des celliers prévus à cet effet, construits dans un pavillon de leurs maisons. Les femmes quant à elles, que ce soit en hiver dans leur maisons villageoises, ou en été dans leur maisons rurales, elles sont généralement au pied de leurs métiers à tisser, affairées à réaliser pour la vente généralement mais aussi pour leurs propres besoins, les tapis et les tenues spécifiques à la région.

La typologie et le système constructif traditionnels à Oued Souf:


La typologie, est l’un des instruments scientifiques les plus dotés d’outils permettant de lire à travers l’espace bâti, la façon que les individus ont de concevoir l’espace où se déroulent leurs « vies », autrement dit, leurs pratiques socioculturelles. Car les solutions de distribution de l’espace de vie répondent aux exigences similaires chez les individus d’un même groupe ethnique partageant la même aire géographique et climatique.

La maison du Souf s’organise autour d’une cour fermée si elle est villageoise et ouverte si elle est rurale, à la quelle on accède par une entrée en chicane. Les pièces qui la constituent se composant d’une cuisine, un cellier « Khabia »et d’un nombre de chambres « Ghorfa » ou « Damsa » si le plafond est en forme de voute, s’agrègent les unes aux autres au fur et à mesure que les besoins de la famille qui l’occupe grandissent. Sur les cotés nord et sud de la maison, deux espaces s’ouvrent sur la cour mais toujours couverts sont appelés « Sabat ». Le premier permet aux occupants de la maison de profiter d’un maximum d’ensoleillement pendant les mois d’hiver, le second pour s’en protéger durant les saisons chaudes. Une cave est aussi prévue à cet effet en construction souterraine. Une étable pour chèvres et poulailler, la « Zriba » fait aussi partie des espaces de service mais souvent en retrait par rapport au reste des chambres.

Les systèmes constructifs traditionnels sont ces différents savoir-faire ancestraux, dans le domaine de la construction, appelés «arts de bâtir » que nos aïeux ont su transmettre de génération en génération de façon cognitive par l’application et l’exercice, autrement dit, par la « tradition ». Cette attitude a été également celle des soufis pendant très longtemps. Les sexagénaires soufis aujourd’hui parlent encore du rituel de l’acte de bâtir à El oued. Du ramassage à dos d’âne, à plusieurs mètres de profondeur dans les Ghoûts, des seuls matériaux de construction

« solides » que leur offre la région, à savoir, le Lous, appelé également «la rose des sables », utilisé comme pierre d’appareillage, et la Tafza, ou la pierre de tuf, destinée à la fabrication du plâtre le « Gibs »par la cuisson dans des fours érigés à l’occasion de chaque chantier avec pour seul combustible des palmes desséchées et le peu de bois qu’on ramasse dans le Sahara. Le plâtre est utilisé selon sa qualité, dans toutes les mises en œuvre constructives. Pour le mortier de pose et de crépissage le « Timchent », l’exigence d’un plâtre bien cuit, bien qu’élevée, reste moindre que celle pour le plâtre destiné à l’enduit de finition. Car pour ce dernier, le plâtre doit être très bien cuit mais aussi de granulométrie très fine et homogène pour une étanchéité optimale mais aussi pour un meilleur aspect fini. Le seul bois disponible étant celui des stipes de palmier, celui-ci n’est utilisé que pour les linteaux au dessus des ouvertures. Les couvertures réalisées essentiellement en forme de coupoles, mais aussi en forme de voûtes, sont réalisées également en appareillage de Lous et de Timchent. Leurs formes rejettent les éventuelles pluies et éliminent le risque de charge que peut causer un dépôt de sable sur les couvertures.

Chez les soufis, Nous l’avons vu, la typologie renseigne d’un mode d’habiter et de distribution de l’espace qui concilie conditions naturelles, exigences socio-économiques et pratiques religieuses. Leur système constructif quant à lui, codifie les solutions structurelles en fonctions des caractéristiques physiques et « mécaniques » des matériaux disponibles sur place.

Cela a permis au mode de production de l’habitat au Souf le façonnage d’une identité architecturale car il semblerait qu’il leur était aisé de construire nouveau dans la continuité de l’ancien jusqu’à nos jours.

Le constat d’aujourd’hui:

Le contact qu’il nous a été donné d’avoir avec la région d’El Oued, nous a d’emblée incité à réfléchir sur le rapport que les habitants de cette région ont avec leur habitat aujourd’hui; et dans quelle mesure en dépit, de la modernité ambiante, ce rapport pouvait durer, une fois constaté le caractère d’une architecture agonisante certes, mais dont la typologie tant bien que mal,demeure encore d’usage aujourd’hui.


Pour mieux connaître l’environnement de la question, il est essentiel de savoir que les soufis, bien que rattrapés par la « modernité » dans le domaine de la construction, ils n’arrivent pas encore à se « débarrasser », de leur « vielle » typologie.

Les nouveaux matériaux de construction standard, adaptés vraisemblablement à toutes les solutions constructives imaginables, permettant d’ériger ce que l’on veut là où on veut, représentent pour les soufis une sorte de moyen miracle qui les soulage et les libère de cette ancienne corvée inévitable si l’on veut bâtir sa maison. Le ciment, le parpaing et l’acier semblent avoir apporté des solutions pour des exécutions moins contraignantes (transports désormais mécaniques et matériaux prêts à la mise en œuvre) et des réalisations qui vivent plus longtemps (fréquences d’entretient réduites).

Outre cette dégradation du patrimoine architectural bâti donc matériel, vient s’ajouter aussi la perte d’un patrimoine immatériel, celui des procédés et systèmes constructifs traditionnels à cause de la déperdition des pratiques locales, et partant, la perte de ce rapport de l’individu à son environnement naturel immédiat.

Cependant, quand bien même, il y a eu déperdition du savoir faire et que les matériaux « modernes » ont remplacé les matériaux traditionnels -pas pour tous les soufis, nous le verrons plus tard cela n’a toutefois pas pu défaire pour autant la codification typologique de l’habitat dans toute la région de Oued Souf

Les soufis aujourd’hui -à l’exception d’une frange qui « vit » aujourd’hui dans les grands ensembles du centre ville - continuent pour la plus part, à distribuer leurs espaces d’habitation selon les recommandations ancestrales. Les pratiques socioculturelles en vigueur encore aujourd’hui, conjugués aux « temps toujours présents » (climat et géographie), semblent être une donnée constante avec laquelle il est impératif de composer.

Nous relevons par contre trois catégories de ces nouveaux soufis qui continuent de construire leurs maisons avec « l’ancienne typologie ». Ceux qui construisent leurs habitations au utilisant le système constructif traditionnel exactement selon la typologie traditionnelle, ceux qui respectent la typologie ancienne, mais optent pour les matériaux « modernes » et en définitif, ceux qui sont à cheval sur deux typologies et sur deux systèmes constructifs.

Entre une substance en voix de déperdition et une essence qui l’anime encore tant bien que mal, il est clair qu’ un acte d’urgence s’impose, celui de sauvegarder, sous peine de voir s’effondrer sous les coup de boutoirs d’une modernité à l’œuvre, un patrimoine architectural singulier révélateur d’un génie du lieu qui n’échappe point à la constatation objective de l’esprit scientifique concerné par la vérité ; et qui de ce fait, présenterai à notre sens, des éléments de réponses fiables, donc exploitables, aux multiples questions se rapportant à la nature du rapport habitant/habitat.

Auteur: BELHADJ NABILA
Architecte d’état ,née en 1975 à Médéa en Algérie. Chef d’ une entreprise spécialisée dans la restauration des bâtiments anciens, Étudiante en troisième cycle, faculté des science de l’ingénieur, département d’Architecture, Université Saad Dahlab, Blida.

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